Jean de Dieu et Marie-Ange (âmes sensibles s’abstenir)

J’avais envie de plus de légèreté, de reparler d’amour, de tout et de rien. J’ai créer un deuxième blog juste à côté de celui-ci pour se faire et n’arrive pas à m’y tenir.
Je baigne dans le Rwanda depuis quelques années déjà et ai donc accumulé quelques documents. J’ai beau avoir rassemblé, classifié et mis sur disque dur externe ceux-ci, il se trouve toujours des doublons à d’autres endroits et sur cet ordi qui n’y échappe pas.
Alors que de temps en temps je me replonge dans quelques annotations, phrases ou textes qui m’ont interpellé, inlassablement je retrouve un article, un extrait de livre, un témoignage de rescapé ou de témoin direct à ce génocide, non classé car j’en avais oublié le titre.
Les mots peuvent être terribles, puissants, destructeurs et révélateurs d’images aussi . Mais pour ce genre de fait ils deviennent si ridicules, si petits, mesquins que le silence fait force de loi et que toute image est vouée à l’échec d’une imagination stérile en la matière.

Chaque jour une chose s’affirme de plus en plus en moi et je dirais malheureusement, car cette prise de conscience ne sera jamais partagé, en ce sens qu’elle devrait modifié nos vies et nous amener à intégrer  en celles-ci la force de l’héritage humain.

Je ne parlerai pas des politiques (femmes, hommes) en la matière qui ont toujours fait fausse route quant à assumer l’Histoire et son impact sur le présent, ne travaillant que dans un futur proche.

Lorsque j’ai voulut essayé de comprendre, essayé d’expliquer le génocide Rwandais, très vite s’est imposé à moi le fait qu’il me fallait remonter à sa naissance, comprendre qui étaient les pionniers, d’ou ils venaient et comment ils s’étaient organisés pour que leur communauté soit viable. Pourquoi? parce que dans le présent rien ne justifiait qu’un homme, qu’une femme, tue sa mère, son père, sa sœur, son frère, etc. avec une violence aussi barbare.
Ayant fait cette démarche j’ai obtenu ce que je cherchais. Pour faire court le Rwanda fut peuplé de gens venant de contrée différentes ( comme je pense la plupart des pays), c’est sur ce fait que les Belges colonisateurs ont appuyé pour les diviser et mieux régné. Instaurant petit à petit une haine des uns envers les autres jusqu’a son paroxysme. Mais je devrais ajouter aux Belges, l’Eglise, la France et beaucoup d’autres pays en passant par l’ONU, en fait chaque seconde de vie des Rwandais depuis la création de ce pays jusqu’au 6 avril 1994.
Mais là encore je n’ai qu’une partie de la réponse car les rwandais ont été poussé, encouragé par la France, sa dernière alliée. Donc il me faut encore savoir le pourquoi. Je dois donc faire de même avec la France, rechercher ce pourquoi et en quel fait il prend racine. Et là je n’ai plus qu’a me faire historien.
Notre façon d’agir aujourd’hui est lié à notre histoire, nous l’assumons de fait et la rendons légitime par le simple fait d’ agir. Le sale nègre, sale juif, sale bougnoule, sale arabe prends racine en notre Histoire, si je n’en démonte pas le mécanisme, car malsain (à mon avis), il en deviendra vérité. Ceci implique de reconnaître et de s’excuser même si nous en sommes pas les acteurs de ces faits car ils nous ont pénétré inconsciemment. C’est notre esprit de colonisateur qui fait que la planète est dans cet état aujourd’hui. Il nous faut donc déconstruire notre histoire pour en retirer les points négatifs qui font que l’on va dans le mur.

Âmes sensibles s’abstenir de ce qui suit.

Je suis tombé sur cela ce matin.

"Jean de Dieu (onze ans) était recroquevillé, une boule de chair en sang, juste un filet de regard sorti droit du néant, un regard sans vision fixant un autre corps: Marie-Ange (neuf ans) lovée sur un tronc d’arbre, les bras ballants, les jambes écartées souillées d’excréments de sperme et de sang, l’anus n’étant plus qu’une plaie béante. Dans sa bouche, un sexe coupé à la machette, celui de son père. Dans un trou d’eau puante gisaient quatre corps découpés, empilés: leurs parents et frères aînés. Nous les avons pris dans nos bras, à la va-vite, pour les installer dans la voiture. A cet instant est passée une voiture tout-terrain chargée d’hommes en armes; ils se sont mis à rire sadiquement. Le fait d’avoir dans les bras des corps d’enfants n’a aucunement modifié leur agressivité, il a fallu palabrer, comme toujours… Une pluie torrentielle a certainement été une providence, ils nous ont laissés allonger les deux gosses dans la voiture, et nous sommes repartis vers l’hôpital en se disant que le mot horreur devra un jour enfanter un autre mot plus terrible pour décrire ce genre de scènes vécues au quotidien par quelques volontaires encore présents à Kigali." (bulletin d’information N°30 de MSF. avril 1994. témoignage d’un médecin, René Caravielhe. repris par "Maudits soient les Yeux fermés" de Françoise Bouchet-Saulnier et Frédéric Laffont. Arte éditions/J.C.Lattès)

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